Le Problème

En fait, il conviendrait plutôt de parler des problèmes plutôt que du problème des micropolluants.

Le premier aspect de la chose tient au fait que depuis longtemps maintenant l’activité humaine (dite anthropique) – qu’elle soit industrielle, pharmaceutique, agronomique ou autre – est associée au développements de substances chimiques totalement nouvelles qui se répandent dans l’environnement soit parce que c’est leur but premier (les biocides viennent instantanément à l’esprit) soit indirectement par des voies multiples (des résidus de médicaments que l’on excrète aux matériaux modernes qui libèrent certains de leurs composants). Or qui dit molécules récentes (même relativement) dit faible recul en termes d’effets et de danger…la cadence folle à laquelle sont produites de nouvelles substances dans la course du progrès n’arrangeant pas les choses. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des substances qui se révèlent présenter des effets pour le moins dommageables, ce dont on ne se rend compte la plupart du temps que lorsque la pollution est déjà irrémédiablement établie (très souvent d’ailleurs en dépit de ce que de vénérables études semblaient déjà pointer du doigt)…les fameux perturbateurs endocriniens de tous bords en sont une illustration évidente. A noter que l’activité humaine conduit aussi à accroître la présence d’espèces tout-à-fait naturelles de manière problématique en raison de leur utilisation massive.

Le second point est relatif aux monde fascinant des effets biologiques. Finies les courbes dose-réponse à Papa, forcément monotones, où l’effet évolue dans le même sens que les concentrations de la substance testée et ce sur une gamme étendue de doses. Les phénomènes d’hormèse montrent maintenant que les faibles doses n’ont pas forcément « juste » moins d’effets que les fortes doses mais peuvent avoir des impacts radicalement différents voire opposés, souvent suivant des profils de dose-réponse avec seuils, cassures et autres complications. Et comme ce site est très bien fait, on sait tout de suite à quels genres de doses on trouve les micropolluants…évoquons aussi un autre effet, l’effet « fenêtre ». Il est aisé de comprendre que de mêmes agressions, fussent-elles chimiques ou physiques, n’auront pas le même effet sur un organisme (ou un écosystème) en fonction de son stade de vie/développement. L’importance de certains messages et évènements pendant le développement embryonnaire est bien connue, de même que par exemple les sensibilités différentes des enfants par rapport aux adultes en ce qui concerne les médicaments et qui n’est pas liée à un simple effet de masse moindre. De jeunes gens en phase de croissance auront des sensibilités différentes de personnes âgées. Ces exemples d’ordre général montrent qu’une même pollution pourra avoir des impacts variables selon les stades de la vie. Le problème étant que les pollutions assises et historiques vont par définition exercer tout ou partie de leur pression à chacun de stades de développement, et donc sans doute aux stades où la cible pourra y être la plus (ou différemment) sensible…

Ce qui nous emmène au troisième aspect du problème:  cette fameuse pollution de fond. La toxicologie a historiquement très bien étudié les effets d’intoxications aiguës, c’est-à-dire la réaction relativement rapide à des doses élevées de toxiques. Pour diverses raisons, il s’est avéré bien plus difficile d’étudier de manière aussi étendue l’aspect de chronicité que peut revêtir la toxicité, ou en d’autres termes les effets sur le très long terme de doses bien plus modérées et sans effet notable lors de l’exposition immédiate. Ainsi cette recherche est plutôt le champs d’application de l’épidémiologie, qui est par nature rétrospective. Vous comprendrez à quel point ceci est problématique dès lors que l’on aborde la question de la pollution, de son contrôle, de son traitement. Malheureusement, impossible de refaire le coup de Mithridate et de toute évidence, s’exposer à de faibles doses de toxiques potentiels pendant longtemps n’est décidément pas une manière de se mettre à l’abri, bien au contraire. Si nous nous laissions sombrer dans la facilité, nous remettrions sous le feu des projecteurs ces fameux perturbateurs endocriniens mais ne le ferons pas. D’une part, parce que nous ne sombrons pas dans la facilité. D’autre part, car ils ne sont qu’une tache noire sur le patchwork des micropolluants.

Au final, nous avons la combinaison explosive et malheureuse de tous les points évoqués: d’une part des substances (pas forcément nouvelles) extrêmement variées, avec des mécanismes d’action complexes et multiples et une présence certes souvent à faibles doses (c’est très variable…) mais de manière chronique. Passez ceci au shaker et vous obtenez le fameux problème du « cocktail »: un salmigondis inextricable de polluants dont la caractérisation de la toxicité aiguë est déjà extrêmement lacunaire, sans parler de la toxicité chronique au sujet de laquelle on peut dire sans trop se tromper qu’on ne connait quasiment-rien mais dont on soupçonne des effets synergiques (la somme des impacts étant supérieure aux impacts individuels).

En d’autres termes, voici le résumé du problème: l’exposition à des polluants incroyablement variés, généralement tous en dessous de seuils admis (pas toujours…et quand ils existent) mais de manière continue sur toute la vie d’un écosystème, biocénose ou organisme.