Micropolluants…. LA chance du siècle

Les micropolluants sont une vraie chance pour mettre un bon coup de pieds dans la fourmilière des certitudes acquises et pour faire bouger les choses dans le bon sens.

Y’en a marre des poncifs et des discours lénifiants selon lesquels si la qualité de l’eau douce en France ne s’améliore pas, elle ne se détériore pas non plus.

En dépit des rapports multiples (rapports IFEN, rapports Lefeuvre 2000 et 2005, rapports sénatoriaux Keller), des alertes des différentes ONG de part le monde, des efforts et des travaux méritants des différents acteurs privés comme publics sur la qualité de l’eau, nous en sommes toujours à considérer la qualité de l’eau par le petit bout de la lorgnette. Et donc, à assurer en toute bonne foi, que les choses ne sont pas si inquiétantes et qu’il ne faut surtout pas se précipiter (d’ailleurs, nous attendons un prochain rapport sur le sujet, ainsi nous aurons tous les éléments pour être absolument sûr….. que la terre est ronde !! ).

Image sciences humour micropolluants

Une vraie volonté de changement !!!

En d’autres termes, du point de vue strictement réglementaire et modulo quelques évolutions (herbicides,..), cela fait 150 ans que la qualité de l’eau en France se résume principalement aux :

  • Taux de nitrate
  • DCO (demande chimique en oxygène)
  • pH
  • Concentrations de quelques métaux
  • Matières en suspension (MES)

Alors oui, ces pollutions sont importantes à considérer bien sûr.

Mais elles ne doivent surtout pas servir à masquer, à faire oublier, que notre modèle économique et social est à l’origine de la dissémination de plus de 100 000 substances nouvelles dans l’environnement depuis ces 150 dernières années  (voir l’état des lieux résultants du règlement REACH que l’on a pris bien soin, soit dit en passant, de vider de son sens premier…… . )

Alors quoi ?!! … on ferme les yeux et on continue comme ça ? Ou on se secoue et on prends les problèmes à bras le corps ?

Nous avons bien été capable de comprendre que développement et biodiversité ne sont pas aussi antinomique qu’on aurai pu le penser (notion de développement durable qui a donné naissance au chiffrage de la valeur économique du patrimoine naturel et des services rendus par l’environnement à la société).

Alors, a défaut de pouvoir changer immédiatement le modèle de la civilisation occidentale consumériste fondé sur un développement infini dans un monde fini (il n’y a rien qui vous choque là !!!), il serait tout de même grand temps d’au moins réviser sérieusement les fondements de la définition même de la qualité aquatique, non ?

Et tant qu’à faire, alors que la DCE (Directive Cadre sur l’Eau) avait commencé à initier la chose en introduisant la notion de bon état écologique…avant d’en revenir à des choses plus classiques (… et moins brûlantes) via la RSDE (Recherche des Substances Dangereuse dans l’Eau), ne pourrait-on pas considérer la qualité de l’eau dans son ensemble plutôt que de systématiquement chercher à la réduire à une liste de substances plus ou moins bien quantifiables et plus ou moins finie et figée ?

Va-t-on devoir attendre que le ciel nous tombe sur la tête, comme dans le cas des gaz à effet de serre et le réchauffement planétaire, pour faire bouger nos référentiels en matière d’eau?
Et encore, lorsque l’on constate depuis 20 ans le franc succès des conférences mondiales sur l’atmosphère, on est en droit de douter que même si le ciel nous tombait sur la tête …

En conclusion, comme vous avez pu le découvrir dans les précédents posts, l’opportunité que nous offrent les micropolluants, c’est de jeter aux orties nos bien confortables certitudes pour instaurer un système plus souple, intégrateur, fondé sur la prise en compte de l’impact sur le vivant et non plus sur la vision réductionniste de quantification (qui prévaut depuis M. Descartes) qui à montré ses limites notamment face aux spécificités du vivant et des systèmes dynamiques complexes tel que l’environnement.

Mais encore faut-il que nous le voulions.

Car comme d’habitude, les mésaventures des civilisations de Pâques, des Mayas ou des Khmers sont en cela édifiantes, la difficulté ne réside pas tant dans « le peut-on » que dans « le veut-on ». Dans l’inertie de nos intérêts immédiats et de l’économie du système en place.

Une piste de réflexion intéressante en ce début d’année…