Les polluants chantent sous la pluie

Un post inspiré par la météo, en tous cas du coté d’une bonne moitié Est de la France.

Nous le savons, les villes sont non seulement lieu mais aussi source de pollution – matériaux, transports, entretien, produits vaporisés, appliqués etc. Pas forcément surprenant donc qu’en cas d’averse assez conséquente on retrouve tout un tas de polluants additionnels dans le réseau, selon qu’ils aient été lavés des surfaces, mis en solution dans les gouttes ou autre.

En Californie, par exemple, l’organe chargé du suivi de la pollution par pesticides a réalisé d’intéressants constats entre les saisons sèches et humides très marquées à certains endroits: les échantillons de saison humide contiennent beaucoup plus de pesticides (en variété et quantité) que ceux de la saison sèche. De surcroît, si la hyalelle locale (un petit amphipode ressemblant aux gammares) tenait très bien dans les tests sur les eaux de la-dite saison, elles périssaient toutes dans les échantillons de la saison humide dans les expériences réalisées. Idem avec les sédiments, montrant à quel point un épisode pluvieux peut donc participer à la pollution dans l’eau plus généralement.

Chez nous aussi, nous avons des gens qui étudient cela très bien. Prenez le LEESU par exemple, qui dispose de sites de surveillance particuliers dans Paris qui permettent de suivre les eaux issues des trop-pleins après précipitations et donc de suivre la contribution de ces épisodes pluvieux à ce que l’on peut au final retrouver dans nos peu ragoutants égouts. Nec plus ultra, ils peuvent même suivre plus précisément ce qui se passe au niveau des toits, de cours privatives ou au niveau de la rue.  Au final, le constat est identique: matières en suspension, hydrocarbures divers et variés, métaux, pesticides des balcons fleuris sont lessivés et ruissellent jusqu’à la chaussée, affichant des quantités de polluants sensiblement supérieures à celles mesurables dans le même temps dans la Seine toute proche…qu’ils pourront néanmoins contribuer à charger un peu plus, notamment au niveau des sédiments.

Sur ce, nous vous souhaitons un excellent weekend: la neige devrait a priori poser moins de problèmes (sauf quand elle fond?).

Prozac, poisson et coup de boule…

On le sait, la présence croissante de résidus de médicaments dans l’eau est assez préoccupante et celle des antidépresseurs n’est certainement pas en reste. Or la fameuse « Pilule du bonheur » ne fait pas celui de tous. Prenons le cas du poisson Pimephales promelas ou « poisson tête de boule »:

poisson tête de boule: victime du Prozac et autres médicaments dans l'eau

Un poisson tête de boule (photographié par J. Sartore)

Certes ce dernier est plutôt une espèce invasive dans le Vieux Monde mais de récents travaux présentés par le Dr. Klaper lors du SETAC en Californie ont montré des effets inattendus de la mondialement célèbre Fluoxétine  (le fameux Prozac, maintenant générique) sur notre infortuné poisson.

L’antidépresseur, loin de le rasséréner, aurait plutôt tendance à le rendre bien plus agressif (et, le cas échéant, à nous inspirer le calembour du titre). Ainsi notre tête de boule se met à adopter, vis-à-vis du sexe opposé, un comportement allant de l’indifférence pathologique au massacre pur et simple pour les plus fortes doses c’est à dire une dizaine de µg par litre. Aux doses moindres, il néglige coupablement ses tâches ménagères de bon poisson-au-foyer, ce qui est très dommageable pour l’espèce dans la mesure où c’est lui qui normalement s’occupe du nid et des oeufs qui y sont déposés par les femelles.

Des doses plus faibles – de l’ordre de 1µg par litre – sont associées à des modifications étendues de l’expression génique dans ces travaux, observation intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord, ces modulations géniques peuvent être directement associées aux changements comportementaux évoqués, mais aussi à une gamme de changements physiologiques ou métaboliques n’impliquant pas de modulation de taux d’hormones chez ces poissons. Surtout, ces résultats illustrent les impacts chroniques de plus faibles concentrations là où les résultats d’expériences utilisant des critères plus systémiques comme la croissance ou la survie ne montrent aucun effet.

Ceci illustre bien que pour des problématiques telles que celle des micropolluants (et surtout les xénobiotiques synthétiques) il est crucial de disposer de tests plus discriminants, basés plus sur des effets biologiques plus que sur de la toxicité aiguë et massive, sous peine de passer à coté de beaucoup de dangers de la pollution moderne.

D’ailleurs, un autre groupe a présenté des travaux mélangeant fluoxétine et résidus d’hormones issus de pilules contraceptive pour des résultats eux aussi édifiants sur ces fameux effets cocktails…

Bonjour, Monde!

Nous nous permettons d’emprunter ce préambule par lequel passent tous ceux qui font leurs premiers pas en programmation afin d’inaugurer ce blog.

Comme vous ne manquerez pas de le voir, ce dernier est consacré aux défis qui caractérisent les pollutions modernes. Les mots d’ordre sont complexité (de la situation), complexité (de son évaluation) et…complexité (de sa remédiation). La situation, au niveau microscopique, ressemble d’ailleurs un peu à cette photo – même si nous sommes persuadés qu’on y verrait encore plus de couleurs:

pollution de l'eau

Mais des outils et approches de plus en plus pertinents sont en train de poindre, souvent à la croisée de domaines qui se regardaient jusqu’alors en chiens de faïence. Ce que ne feront bien entendu pas les lecteurs de ce blog qui auront compris qu’une partie de la solution est de ne pas rester, tel ce pauvre hère, seul sur sa fidèle mais surannée barque…et qui ainsi n’hésiteront pas à, métaphoriquement, sauter à l’eau (je vous rassure, ici elle est vraiment propre. Nous avons de très bons traiteurs!) – c’est à dire, plus littéralement, dans la discussion.

Au plaisir de vous lire, en espérant que vous en aurez autant à nous lire!