Prozac, poisson et coup de boule…

On le sait, la présence croissante de résidus de médicaments dans l’eau est assez préoccupante et celle des antidépresseurs n’est certainement pas en reste. Or la fameuse « Pilule du bonheur » ne fait pas celui de tous. Prenons le cas du poisson Pimephales promelas ou « poisson tête de boule »:

poisson tête de boule: victime du Prozac et autres médicaments dans l'eau

Un poisson tête de boule (photographié par J. Sartore)

Certes ce dernier est plutôt une espèce invasive dans le Vieux Monde mais de récents travaux présentés par le Dr. Klaper lors du SETAC en Californie ont montré des effets inattendus de la mondialement célèbre Fluoxétine  (le fameux Prozac, maintenant générique) sur notre infortuné poisson.

L’antidépresseur, loin de le rasséréner, aurait plutôt tendance à le rendre bien plus agressif (et, le cas échéant, à nous inspirer le calembour du titre). Ainsi notre tête de boule se met à adopter, vis-à-vis du sexe opposé, un comportement allant de l’indifférence pathologique au massacre pur et simple pour les plus fortes doses c’est à dire une dizaine de µg par litre. Aux doses moindres, il néglige coupablement ses tâches ménagères de bon poisson-au-foyer, ce qui est très dommageable pour l’espèce dans la mesure où c’est lui qui normalement s’occupe du nid et des oeufs qui y sont déposés par les femelles.

Des doses plus faibles – de l’ordre de 1µg par litre – sont associées à des modifications étendues de l’expression génique dans ces travaux, observation intéressante à plus d’un titre. Tout d’abord, ces modulations géniques peuvent être directement associées aux changements comportementaux évoqués, mais aussi à une gamme de changements physiologiques ou métaboliques n’impliquant pas de modulation de taux d’hormones chez ces poissons. Surtout, ces résultats illustrent les impacts chroniques de plus faibles concentrations là où les résultats d’expériences utilisant des critères plus systémiques comme la croissance ou la survie ne montrent aucun effet.

Ceci illustre bien que pour des problématiques telles que celle des micropolluants (et surtout les xénobiotiques synthétiques) il est crucial de disposer de tests plus discriminants, basés plus sur des effets biologiques plus que sur de la toxicité aiguë et massive, sous peine de passer à coté de beaucoup de dangers de la pollution moderne.

D’ailleurs, un autre groupe a présenté des travaux mélangeant fluoxétine et résidus d’hormones issus de pilules contraceptive pour des résultats eux aussi édifiants sur ces fameux effets cocktails…

Bonjour, Monde!

Nous nous permettons d’emprunter ce préambule par lequel passent tous ceux qui font leurs premiers pas en programmation afin d’inaugurer ce blog.

Comme vous ne manquerez pas de le voir, ce dernier est consacré aux défis qui caractérisent les pollutions modernes. Les mots d’ordre sont complexité (de la situation), complexité (de son évaluation) et…complexité (de sa remédiation). La situation, au niveau microscopique, ressemble d’ailleurs un peu à cette photo – même si nous sommes persuadés qu’on y verrait encore plus de couleurs:

pollution de l'eau

Mais des outils et approches de plus en plus pertinents sont en train de poindre, souvent à la croisée de domaines qui se regardaient jusqu’alors en chiens de faïence. Ce que ne feront bien entendu pas les lecteurs de ce blog qui auront compris qu’une partie de la solution est de ne pas rester, tel ce pauvre hère, seul sur sa fidèle mais surannée barque…et qui ainsi n’hésiteront pas à, métaphoriquement, sauter à l’eau (je vous rassure, ici elle est vraiment propre. Nous avons de très bons traiteurs!) – c’est à dire, plus littéralement, dans la discussion.

Au plaisir de vous lire, en espérant que vous en aurez autant à nous lire!